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  • L. Cangémi

Deux approches méditatives pour l'éveil à la Présence


Les différentes voies peuvent peut-être se résumer à deux formes de travail méditatif. Sur le chemin de la connaissance et de la libération, l’homme doit fournir des efforts pour sortir de sa condition d’être incarné, laquelle est basée en grande partie dans ce monde sur la notion de survie. La condition de l’homme est alors d’être programmé « négativement », c’est à dire sur la notion de réaction aux conditions extérieures, lesquelles peuvent conduire à la souffrance ou voir même à la mort. Cette programmation négative met en place les instruments de notre survie au moyen de la personnalité « mineure » et de l’ego, au travers des facultés mentales. Au plus le mental est évolué, au plus l’égo devient complexe et subtil. Mais tout cette arsenal lié à la survie, à la lutte contre l’entropie de la matière, occulte le personnalité « majeure » liées à l’âme et au Moi Supérieur, lesquels évoluent dans des plans et des réalités énergétiquement différents. Le disciple se trouve donc confronté à la nécessité de mettre en oeuvre une pratique qui lui permette de surmonter cette entropie et rétablir un pont conscient (Antakharanah) entre la personnalité mineure et la personnalité majeure, entre le monde dynamique (donc « illusoire ») de la forme et celui plus statique (donc « réel ») de l’Esprit. En réalité, il ne semble exister que des nuances entre ces différents plans avec des niveaux d’énergie de plus en plus subtil. Seul le Dieu non manifesté peut prétendre à l’immobilité totale et éternelle, le « SatChitAnanda » (Etre-Conscience-Béatitude) des philosophies hindous. Si nous revenons au monde manifesté (le seul que nous puissions connaître dans l’incarnation), il est important de préciser certaines chose sur cette différentiation entre forme / dynamique et Esprit / statique. Comme nous l’avons précisé plus haut, rien n’est vraiment statique. De plus, une première analyse pourrait nous laisser penser que l’esprit, la pensée ou le psychisme sont plus agités et dynamiques que la forme, la matière, qui évolue selon un rythme lent, régulier et immuable. Cette constatation doit nous amener à approfondir notre compréhension de la vie au sein de l’Univers. Selon la philosophie tantrique shivaïte, le monde a été créé par différentiation progressive de l’unité primordiale existant entre Shiva, l’Etre-Conscience statique et Shakti, la partie dynamique de la Conscience, c’est à dire sa puissance. La naissance du monde est donc liée à l’émergence de cette Dualité Primordiale, elle-même issue de la Volonté de Brahma d’entrer en incarnation, c’est à dire de créer.

On aura donc tendance à associer Shiva à une polarité masculine positive et Shakti à une polarité féminine négative. Cette vision ésotérique tantrique du monde peut sembler s’opposer à celle exotérique communément admise. En effet, on imagine davantage la polarité féminine, la matière, la forme comme étant passive et la polarité masculine comme étant volontaire et active. Alors comment réconcilier ces contradictions apparentes ? Pour cela il est nécessaire de poursuivre un peu plus loin la vision tantrique. A partir de cette différentiation de la Conscience entre son Êtreté (Shiva) et sa Puissance (Shakti), un processus de création multidimensionnel se met en place grâce à la force de création de la Déesse qui consiste en fait à voiler par couche successive la Conscience Primordiale de manière à pouvoir stabiliser l’Être dans la forme. Dans les textes tantriques, ce processus est décrit comme une véritable « passion » de Shakti qui créée par amour fou pour son Divin Compagnon. Cette création, par nécessité, est donc associée par une diminution de radiation primordiale de la Conscience. Ainsi, l’amour fou de Shakti procède de plans en plans à l’épaississement de l’énergie, à une diminution de la vibration initiale de l’Etre, jusqu’aux plans de la forme qui contiennent dans la Tradition les plans astraux, éthériques et physiques. Au stade ultime de ce processus de descente, la Shakti s’enferme littéralement dans la forme qu’elle a contribué à créer et entre dans son grand sommeil. Pour l’homme, cela correspond à la Kundalini endormie au creux du premier chakra.

Nous voyons donc que lorsque Dieux sort de son grand sommeil (unité totale), une partie de sa puissance de création finit par expérimenter le grand sommeil au sein même de la matière et de la forme. Cette vision cosmologique pourrait en partie être comparée au mythe d’Isis et d’Osiris, lequel finit par être démembré par son frère Seth (aspect négatif de la création). Le travail d’Isis consiste ensuite à « remembrer » (Re-Member, remember, se rappeler en anglais) les parties dissociées de son époux avec l’aide d’une troisième Personne, Horus, le fils issu de l’Union Divine. Selon notre propre interprétation, ce Fils divin, ce Premier né pourrait correspondre à cette partie du Divin qui n’a pas été affecté par le processus de création. Ce Héros Solaire, plutôt de polarité masculine, le Second Logos dans la Tradition, (à ne pas confondre avec le Brama non-manifesté, le Premier Logos) n’a pas subit le processus d’oubli lié à la descente dans le monde de la forme. Il reste donc pur et immaculé en pleine possession de son Êtreté primordiale. Cette Êtreté possède semble-t-il une qualité intrinsèque de « radiance » semblable à celle du Premier Logos non manifesté. Nous voyons donc que la Conscience, dans son acceptation divine, correspond à l’Être-Radiance qui existe de toute éternité. Cette faculté d’émanation positive est donc masculine, mais n’est pas forcément dynamique. Elle est, un point c’est tout. Tout le travail du disciple et de l’initié sera donc de retrouver le chemin de la reconstruction d’Osiris, de la Conscience-Êtreté irradiant la joie et la béatitude, en libérant du monde de la forme la déesse emprisonnée dans sa création. Par ce travail, il accompagne à son propre niveau la croisade épique du Fils qui consiste à libérer la création de sa forme, de son moule cosmique afin d’offrir à Son/Sa Père/Mère le joyau de la deuxième naissance, de la création arrivée à son stade ultime d’enfantement au sein du plérôme (la pierre philosophale des alchimistes ou la Grand Oeuvre des francs maçons, mais à un niveau cosmique). Cette compréhension du monde ouvre le disciple à une forme ultime d’humilité et de reconnaissance envers le Divin. L’Univers qui nous entoure, dans son immensité, son incommensurable beauté, son haut degré de perfection nous ouvre la voie à sa propre naissance au travers de notre propre rédemption. Nous devenons ainsi les co-créateurs du Monde Divin Manifesté, petites cellules infimes au sein de l’immensité intersidérale, nous nous sentons aimés.

Il s’agit ici d’une brève description du joyau, mais que devons nous faire pour agir, pour nous mobiliser dans cette direction vers la liberté intérieure et la libération des contraintes de la forme ? Nous ne souhaitons pas ici donner de recettes toutes faites ni prétendre à une connaissance ultime et absolue. Bien au contraire, nous restons conscient de l’immensité de notre ignorance. A cela doit s’ajouter la prise de conscience que rien ne peut être accompli sans la Grâce de Dieu. Seule la Grâce nous permet en définitive d’arpenter le chemin et de progresser sur l’ascension de la montagne de l’âme. Nous pouvons cependant proposer des pistes, des éléments de réflexion et de pratique issus de notre propre expérience. A notre sens, la plupart des chemins spirituels authentiques peuvent se ramener à deux formes de pratique de la méditation, ces deux formes pouvant être pratiquées simultanément ou de façon séparée selon la nature du disciple. La première forme que nous qualifiions de « contemplative/passive », correspond à ce que certains appellent « la grande voie chinoise » (Daniel Odier) et qui trouve son accomplissement dans la vision dite « tantrique » du « oui », de l’acceptation totale de ce qui est, de la réalité qui nous entoure ou vit dans notre propre intérieur. Ce grand oui au monde ouvre un espace au sein de la conscience de l’individu et permet d’expérimenter le moment présent dans toute sa profondeur et sa plénitude. Cette pratique de l’instant présent est basée sur « la flamme de l’attention » comme disait Krishmanurti), attention, conscience à ce que nous percevons.

Le travail le plus difficile dans cette pratique est celui qui fait intervenir nos émotions et nos sentiments, lesquels constituent le corps astral de notre être manifesté. Les évènements extérieurs sont attirés magnétiquement par ce corps et viennent entrer en raisonnante avec notre propre psychisme interne. Le travail du disciple consiste alors accepter la perturbation émotionnelle en la reconnaissant. Un moyen peut-être par exemple de lui donner un nom : tient j’éprouve de la colère, cette situation cette personne fait monter en moi de la colère, j’observe cette colère. Je le vois mais je n’essaie pas de supprimer, je constate, j’accepte. Et éventuellement je me mets en colère si c’est nécessaire. Que ce soit clair, il est pratiquement impossible de maitriser nos émotions, si nous ne faisons pas au préalable un travail sur notre inconscient, nos blessures et notre propre ombre.

La partie la plus aidante du travail consiste à nous ouvrir à la beauté du monde, à la beauté de la nature, d’un arbre, d’une montagne, d’un ciel ; à la tranquillité d’un moment de vie, lesquelles nous poussent naturellement à laisser tomber le mental et à laisser s’infiltrer notre nature intérieure véritable, notre véritable moi conscient, non identifié à l’égo, à la personnalité créée de toute pièce par la nécessité de la survie. Tant que nous sommes convaincus qu’il existe au dedans de nous un moi séparé du Moi Divin, du Je suis, il n’est pas possible de sortir du corps de souffrance et de l’arsenal des émotions prenant le pas sur notre conscience. Le travail de méditation contemplative consiste donc à reconnaître cette illusion en laissant percer un espace dans le flot continu de nos pensées « par défaut ». Au sein de cette espace est notre conscience pure et non affectée par l’égo. Une pratique souvent utilisée consiste par exemple à observer l’espace existant naturellement entre deux pensées et à le laisser grandir progressivement. Avec la répétition, surgissent alors des moments spontanés et inattendus de pure tranquillité au sein même de l’action.

Bien entendu, la plus haute forme de contemplation est atteinte en méditation, laquelle consiste à observer le flot des pensées comme des éléments extérieurs, des nuages blancs dans un ciel d’été. A un certain stade, ce flot diminue fortement et laisse la place à l’expression du Mental Supérieur et d’autres formes plus subtiles d’expression de l’âme et du Moi Solaire.

Cependant, il est presque toujours nécessaire d’avoir recours à une forme active de la méditation consistant à pratiquer des exercices de visualisation et de contrôle de l’énergie. Lorsque le mental est trop perturbé, un mantra peut permettre de retrouver une certaine forme de maitrise. Comme un phare dans la tempête, la répétition d’un texte inspirant ou magnétiquement programmé peut guider le navire de la conscience intérieure vers des rivages plus calmes. Par exemple, la répétition d’affirmations issues de la sagesse non-duale sont très efficaces : « Le je de moi et le Je de Dieu ne sont qu’un », ou « Je suis Un avec la Conscience Infinie » (Joël Godsmith).

Au-delà de ces exercices de secours, la forme la plus puissante de méditation active que j’ai pu expérimenter m’a été donnée par Michael El Nour. On peut trouver les détails dans ses écrits, mais elle consiste en quelques mots à pratiquer l’alignement intérieur, à ancrer en son fort intérieur un axe de lumière qui unifie le Ciel et la Terre et en travaillant sur la notion de triangles. Les yeux fermés, imaginez un axe reliant votre premier chakra à votre tête, montant le long de la colonne vertébrale. Imaginez cet axe descendre profondément dans la Terre-Mère et monter au-delà de votre septième chakra vers l’univers, les constellations et les étoiles représentants votre connexion à votre Moi Supérieur et aux Consciences peuplant les mondes manifestés à un autre niveau de fréquence. Vous pouvez imaginer un lac d’amour battant au rythme cardiaque du grand Cosmos. Cette énergie redescend ensuite jusqu’à votre cœur. Afin d’approfondir cette exercice, vous pouvez construire une trinité double consistant à relier vos trois chakra du bas (premier, deuxième et troisième) dans un triangle de lumière ; puis construire un triangle supérieur reliant vos trois chakras du haut au travers de la glande pinéale, de la glande pituitaire et de l’Alta Major, ce dernier étant situé dernière votre tête, à la base du crâne et de la colonne vertébrale*

Il existe de nombreuses pratiques plus ou moins similaires, la précédente peut vous permettre de vous relier à la Conscience Michaelique en imaginant comme point de mire l’étoile Véga de la constellation de la Lyre.

Peu à peu, cette pratique de l’alignement permet à votre corps énergétique de s’équilibrer et de se construire autour d’un centre de lumière solide et puissant. Elle permet également d’équilibrer les énergies de canaux Ida et Pinguala afin de préparer le terrain pour la fusion des feux et l’éveil de votre Kundalini (lorsque cela est possible). Nous conseillons au lecteur de ne pas forcer les choses et de laisser votre âme vous guider dans sa grande sagesse.

* Pour plus d’informations à ce sujet voir « Je suis Celui qui Suis » de Michael El Nour, 1995.

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