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  • L. Cangémi

Avatar, mythes, archétypes et réalité


Du monde contemporain à la tradition primordiale

Malgré ses racines chrétiennes, notre culture occidentale tend à rejeter comme un corps étranger au corpus de ses valeurs fondatrices, la notion de sacré et l’existence d’êtres spirituels co-existants au monde matériel observable. Bien sûr ce fait n’est pas inscrit dans les fondements originels de la laïcité, ni même d’ailleurs dans le fait scientifique : le matérialisme, associé souvent à tort à la démarche scientifique, nous pousse à croire que la vie est un don de la matière, alors qu’elle est certainement un don de l’esprit à la matière. Le meilleur défenseur de cette vision est la mort elle-même, laquelle, le moment venu ôte le souffle de vie, le pneuma, l’âme à la matière qui devient alors inanimée et indifférenciée du grand réservoir de molécules et d’atomes que constitue notre univers physique. Mais le principe de séparation des pouvoirs constitutifs de la laïcité a conduit notre société à un rejet dans la sphère dite « privée » des affaires spirituelles. Rien de mal en cela, si ce n’est la lente et inéluctable dérive vers un rejet tout court du monde spirituel. Et même si certains aspects extrêmes des sociétés orientales nous rappellent, souvent dans la douleur, qu’il existe d’autres façon de penser et de percevoir le monde, nous nous trouvons bloqués dans une impasse, renforcée par les dérives tout autant destructrices de certaines organisations religieuses ou plus ou moins discrètes, dont le but initial était de re-lier le Ciel au monde des hommes. Il est ainsi aujourd’hui difficile de parler « d’Avatar », au risque de passer au pilori médiatique, voire d’être taxé d’appartenir à une secte dangereuse et apocalyptique. Ce qui confine au comble de l’absurde dans cette nouvelle position de l’orthodoxie de la pensée, c’est que l’apocalypse n’est rien d’autre en fait qu’une révélation ; une révélation qui libère.

Le but de notre travail n’est pas de raviver des plaies profondes inscrites dans l’histoire de nos sociétés occidentales, il n’est pas de s’opposer à la laïcité, mais de panser, de soigner celles laissées béantes par l’effet même du remède, pensé à l’origine des Lumières comme la seule alternative à l’abus de pouvoir de l’organisation multimillénaire régnante et « absolue ». Le passage de l’enfance à l’âge adulte constitue sans équivoque un élargissement de la liberté pour l’individu. Cependant, comme l’exprime justement Michael El Nour, il ne peut se faire de façon harmonieuse et positive sans construction autour d’un Centre, d’un point-racine jouant le rôle de structure organisatrice du développement harmonieux de la personnalité : « Parce qu’il n’est toujours pas construit et structuré émotionnellement, l’être humain entretient pour lui- même l’illusion de la liberté mais est incapable de vivre sans structure et sans racine. Qu’il choisisse des racines ethniques, sociales ou spirituelles, il exhibe simplement son besoin de vivre sur/autour de son Centre. Le Centre, origine de la stabilité émotionnelle, permet à la conscience de se développer sans se perdre dans l’infini. (Michael El Nour. « Baiser à Lucifer », ed. Louise Courteau, 2002). A ce sujet, la concordance des esprits est une chose assez étonnante. Quelques jours après avoir médité sur cette idée, une conversation quelque peu surréaliste avec un collègue de travail sur le sujet de l’identité, sociale, puis plus générale, spirituelle et humaine m’a poussée à approfondir mon point de vue. Alors que nous roulions au sein d’un taxi et que nous abordions le sujet douloureux du besoin d’identité des jeunes musulmans de France, il me dit : « Je n’adhère pas à cette notion d’identité, quelle soit française, musulmane, chrétienne ou tout autre. Nous n’avons pas de racines, mais des origines. L’être humain n’est pas un arbre, il naît à un endroit puis évolue au grès des conditions extérieures toujours changeantes et nous ne pouvons nous définir par ce qui n’a pas de permanence ». Je fût légèrement surpris par mon interlocuteur d’origine marocaine et lui fît la réponse de circonstance suivante : « Tiens, tu as un point de vue profondément bouddhiste... » Il enchaîna : « oui, tu as raison, mais les bouddhistes vont plus loin que moi ! Ils prônent que tout n’est qu’illusion et que nous sommes qu’un flux de conscience qui ne peut être figée de façon stable dans aucune forme. » Le problème est que la notion de flux implique une source, d’où vient l’eau qui constitue le corps du ruisseau, de la rivière puis du fleuve ? Nous voyons donc que cette notion d’identité nécessite une lecture à plusieurs niveaux. Certaines formes identitaires ne sont qu’un masque de plus généré par l’égo, la société, la culture, la religion, la famille, la nation. Ces formes ne sont pas destinées à durer et doivent être dépassées par le disciple sur le sentier de la connaissance de Soi. Inversement, la Source de l’être constitue selon la majeure partie des traditions spirituelles le point de rencontre avec la permanence, l’identité profonde, voire la béatitude et la joie non conditionnée.

Peut-il en être autrement de l’organisation des sociétés, et à un niveau différent, du monde spirituel ? D’un côté, le rejet des contraintes liées aux racines traditionnelles de nos sociétés, au nom de la liberté et du droit individuel a conduit ce même individu à une perte d’identité entretenue par un malaise croissant et indéfinissable, qui à terme envahi l’âme non préparée à la prise de responsabilité inhérente à l’émancipation. Faut-il pour autant considérer notre prochain et le citoyen comme incapable de se prendre en main ? Certainement pas, mais le rôle d’une organisation qu’elle soit familiale, politique, sociale ou spirituelle est de permettre à l’individu de se construire autour de ce même Centre à l’origine de l’identité de l’être, du groupe communautaire d’individus ou du groupe d’âme partageant une vision, humaine, spirituelle ou religieuse. D’un autre côté, cette vision fondamentale, une fois acceptée et intégrée, pose au penseur honnête le problème (comme pour le cas précédent de l’individu), de l’illusion identitaire, de l’immobilisme et de la légitimité. En ce qui concerne la cellule familiale, la légitimité est donnée le plus souvent par le sang. Le père, la mère, voire l’oncle constituent le centre naturel à partir duquel l’individu est censé se construire. Cette légitimité naturelle est-elle pour autant bonne « La vie est un rêve, une métaphore, votre vie est le reflet, le rêve projeté dans la troisième dimension, par les états de conscience de votre Moi Supérieur. » Michael El Nour et facilitatrice pour la jeune pousse en recherche de devenir et de connaissance de soi ? Bon nombres d’exemples montrent que non. Il est certes difficile de se construire lorsque l’on nait dans une famille démunie avec un père violent et alcoolique. Mais cela est certainement pire si l’on naît sans parents et livré aux lois de la rue et de la prostitution. En l’occurrence, la suppression du centre, aussi glauque et dégradé qu’il soit, constitue à mon sens la plus grave des atteintes que puisse subir un individu...

Mais revenons à cette notion de Centre au sens spirituel et à son expression à différents niveaux de manifestation et d’incarnation. Là encore, l’intuition percutante et claire à notre sens de René Guénon peut nous apporter un éclairage indépendant de la position que nous défendons vis-à-vis de l’être que nous considérons comme l’Avatar de notre temps. La notion de Roi du Monde présuppose l’existence d’un Royaume, d’un Centre catalysant les émanations célestes et à partir duquel la Sagesse et la connaissance initiatique sont régulées et ordonnées au travers de Centres secondaires associés éventuellement à diverses traditions et diverses cultures. Ce processus d’émanation-captation-focalisation et diffusion peut nous permettre de comprendre le principe de manifestation usuel des forces divines jusque dans notre monde manifesté, naît du 1 au travers du 2 et soumis aux forces magnétiques de l’oubli et de la séparation. A un premier niveau, fondamental, le Roi du Monde est donc Celui d’un Royaume non complètement incarné, existant à un degré de vibration non compatible avec celui de la matière (laquelle n’est autre que de l’énergie emprisonnée). C’est l’Argattha de certains courants hindouistes ou bouddhistes, la Montagne sacrée, le Centre polaire, le Pardès, le Montsalva de la légende du Graal, l’île Sacrée.

Ce lieu d’éternité catalyse l’état antérieur de l’humanité, laquelle a dû suivre le mouvement général de l’Esprit cherchant à s’incarner, à se révéler au travers de la matière, au sein de la Maison, du Malkhut, du Royaume en devenir : « Du reste, il est dit ensuite que le Graal fut confié à Adam dans le Paradis terrestre, mais que, lors de sa chute, Adam le perdit à son tour, car il ne put l'emporter avec lui lorsqu'il fut chassé de l'Éden; et, avec la signification que nous venons d'indiquer, cela devient fort clair. En effet, l'homme, écarté de son centre originel, se trouvait dès lors enfermé dans la sphère temporelle; il ne pouvait plus rejoindre le point unique d'où toutes choses sont contemplées sous l'aspect de l'éternité1. » Le Roi du monde est donc le Chef de la Hiérarchie spirituelle et sa légitimité n’est pas donnée par sa naissance soumise à l’entropie du temps, mais par son Essence, par la nature fondatrice de son Être. Mais qui est donc cet Être ? Les éléments constitutifs de la Tradition ou des traditions initiatiques peuvent-ils nous donner des sources de renseignement ? On identifie le Chef de la hiérarchie dans certaines acceptations à Métatron en tant que parèdre de la Sekkinah, laquelle porte l ‘Archétype du Monde manifesté à son plus haut degrés de perfection, la « Jérusalem céleste ». A propos de la Sekkinah, on parle également selon René Guénon de « Présence réelle de Dieu », de la « main de justice », du « Tabernacle de Dieu ». Mais qui est Métatron ? Voyons ce que dit justement René Guénon à ce sujet : « Pour employer le symbolisme traditionnel que nous avons déjà expliqué précédemment, nous dirions volontiers que, comme le chef de la hiérarchie initiatique est le «Pôle terrestre», Metatron est le «Pôle céleste»; et celui-ci a son reflet dans celui-là, avec lequel il est en relation directe suivant l' «Axe du Monde». «Son nom est Mikaël, le Grand Prêtre qui est holocauste et oblation devant Dieu... Il faut d'ailleurs remarquer que Melek, «roi», et Maleak, «ange» ou «envoyé», ne sont en réalité que deux formes d'un seul et même mot; de plus, Malaki, «mon envoyé» (c'est- à- dire l'envoyé de Dieu, ou «l'ange dans lequel est Dieu», Maleak ha-Elohim), est l'anagramme de Mikaël » (René Guénon. « Le Roi du monde ». Ed. Charles Bosse, 1927).

Dans la tradition hébraïque, et plus particulièrement dans la branche heikhalot, Métatron est souvent associé, voire identifié au personnage d’Enoch au travers d’une ascension fulgurante qui lui permit de régner à la droite de Dieu. Comme souvent, cette interprétation traditionnelle se doit d’être éclairée par une compréhension symbolique et spirituelle. Voyons ce que dit Michael El Nour à ce sujet : « Selon la « La Conscience nommée Archange Michael dans la tradition Chrétienne s'est incarnée sous de multiples formes et dénominations. L'Archange Michael n'est ni spécifiquement Chrétien ni l'ange protecteur du peuple Juif. » Michael El Nour légende, Enoch fut oint par l’Archange Michel avant de compléter son Ascension... La croyance commune à toutes les religions, selon laquelle Dieu a un fils qui régnera, implique l’idée d’un administrateur ou ambassadeur. Dans la légende de Métatron, cet ambassadeur, après avoir été le fils d’une femme, devient le Fils de Dieu puis reçoit un trône à partir duquel il exerce un pouvoir royal. L’histoire de Métatron est donc un aspect de la tradition messainique qui relie Métatron avec la Conscience Mikaelique.

Mikael est le Seigneur et le Prince qui gouverne sur le ‘peuple de Dieu et sur sa Nouvelle Jérusalem’. Si le trône représente la ‘Présence’ Divine Une et Indifférenciée, celui qui atteint la position de Métatron, au-delà du Trône, retourne tout simplement au sein de la Conscience Une, après avoir perdu son individualité. Logiquement, dans le cycle actuel, toujours en instance d’évolution, la Conscience qui atteindra cette position en avant-garde, afin de guider le reste des âmes, sera obligatoirement celle qui fut aussi le premier né de la création, c’est à dire le Fils ou Second Logos. C’est la raison pour laquelle, dans la phraséologie populaire, ‘il est la porte, la voie, la résurrection et le rédempteur.’ » (Michael El Nour. « Amen, La lignée occulte du Graal. » Amen Publishing, 2007).

Nous voyons donc que la fonction spirituelle de « Roi du Monde » devrait en toute rigueur être associée à l’Archange Michael. Nous retrouvons ici une notion de manifestation d’un Archétype Divin, d’un aspect d’une Conscience divine projeté au sein d’un corps physique, ce qui en Inde porte le nom « d’Avatar ».

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